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Rien à l'horaire présentement


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Pendant le tournage d'Aurore, j'étais plus irritable à la maison

Serge, avant le tournage d'Aurore, que connaissais-tu de l'histoire de cette enfant?
Ce que le premier long métrage de 1952 montrait, rien de plus! C'est sûr que, lorsqu'on entend qu'une nouvelle production sur Aurore va se faire, on se dit: "Voyons donc! Pourquoi?" Mais quand j'ai lu le scénario de Luc Dionne, je suis tombé en amour avec ce film-là, parce qu'il ne raconte pas l'histoire d'une petite fille qui se fait martyriser. C'est l'histoire de gens qui ferment leur gueule, et ça, c'est tellement d'actualité! Cette production dénonce la violence qu'engendre le silence.

À quoi penses-tu lorsque tu affirmes que ce récit est on ne peut plus actuel?
C'est sûr que je pense au cas de Nathalie Simard. Mais, sans minimiser ce qui lui est arrivé - loin de là -, je doit dire qu'il y en a énormément des Nathalie Simard, il y a 10 fois plus de gens qui savent et qui ferment leur gueule que de victimes. Je pense que c'est le silence et l'oubli qui laissent les plus grandes traces.

Le silence est l'arme des bourreaux.
Voilà. Je parle de tous les gens qui sont autour de la victime, les mononcles, les matantes, les voisins qui savent, mais qui disent, par exemple: "Voyons donc! C'est un avocat, il est tellement gentil! Ça ne se peut pas. De tout façon, ce n'est pas de nos affaires. Puis, la petite n'est pas évidente."

Dans Aurore, Télesphore Gagnon, ton personnage, a prêté de l'argent à plusieurs villageois. Ceux-ci sont donc redevables.
Il leur prête de l'argent, oui, mais ce n'est pas seulement pour ça qu'ils se taisent. Télesphore construit des granges. C'est le meilleur menuisiers, le meilleur charpentier du coin. Alors, les gens se disent: "Télesphore m'a promis qu'il me contruirait ma grande pour le mois d'avril; je suis aussi bien de fermer ma gueule." Par ailleurs, à l'époque, l'expression "battre un enfant" n'existait pas. On corrigeait un enfant. Mais tout ça est anecdotique; c'est propre à ce temps-là. L'histoire du film aurait pu se passer de nos jours et les acteurs auraient pu porter des jeans, ça aurait été la même affaire.

Pour te préparer au rôle, as-tu lu l'un des romans inspirés par ce qui est arrivé à Aurore?
Non, pas du tout. Je n'en avais pas besoin. Si je l'avais fait, je me serais mis à lire le scénario de Luc Dionne en voulant déceler tout ce qu'il voulait dire par rapport au roman, au film et à la pièce de théâtre. Moi, j'ai joué ;e Télesphore que Luc Dionne a créé.

Quelle est la chose la plus bouleversante que tu as apprise grâce à cette histoire.
La valeur d'un enfant. On part de loin. Un enfant en 1920? Ça ne valait rien. Ça valait moins qu'un pur-sang. Si un gars perdait son pur-sang reproducteur, il capotait. Mais s'il perdait un enfant, il pensait: "C'est pas grave, il m'en reste huit." Encore aujourd'hui, les petits n'ont pas la même valeur. La preuve? On légifère, on débat sur la tape, sur la correction physique à l'école. Mais viendrait-il l'idée de quelqu'un d'essayer de faire passer un projet de loi sur le fait que les patrons peuvent taper leurs employés s'ils ne sont pas gentils? Non, ça, ça s'appelle un cas de voies de fait. Mais pour ce qui est des enfants, on en parle. On se dit: "Ils en ont peut-être besoin."

Et nous sommes en 2005.
Oui, mais le clergé a laissé de grandes traces. Dans le petit catéchisme, dans les écrits bibliques, il est dit que le devoir d'un parent est de corriger son enfant, et que celui-ci doit l'accepter et voir ça comme un signe d'amour. Si tu ne corriges pas ton enfant, c'est que tu ne l'aimes pas. Le petit doit craidrent et respecter son père et sa mère. Alors, on part de là!

Est-ce la première fois que tu joues un salaud?
Oui, et je suis fier de ça. Tout à l'heure. j'ai parlé à mon agente, Nathalie, et elle m'a dit: "Tu sais, Serge, il va falloir que tu t'attendes à quelque chose, parce qu'on ne t'aime pas en voyant Aurore. On a vraiment une dent contre toi." Il y a des gens qui prennent ce qu'ils voient pour du cash. À l'époque des Filles de Caleb, certaines persones ont arrêté Marina (Orsini), ma blonde, et elles lui ont dit: "Mon Dieu" vous êtes donc ben mince pour une femme qui a eu 10 enfants!" Alors, je m'attends à ce qu'on ait une dent contre moi et, si cela arrive, c'est que j'aurai fait mon travail.

As-tu hésité à accepter le rôle de Télesphore Gagnon en pensant à la réaction du public?
Jamais! Parce que j'espère que le film sera utile. J'espère que l'art en général est utile et je le pratique pour cette raison-là. Même un truc comme Ladies' Night, ça sert énormément: ça détend les gens, ça les fait rire comme ils ne l'ont pas fait depuis des années.

Après avoir passé une journée sur le plateau d'Aurore, se sent-on comme après n'importe quelle journée de tournage?
Non. Moi, ça ne m'arrive pas de me prendre pour Hamlet quand je vais faire mon épicerie. Par contre, les émotions que j'avais à exprimer dans Aurore sont très dures à jouer. Elles sont très complexes. Même si on fait des farces et des niaiseries sur le plateau, toute cette énergie-là n'est jamais loin. Lorsqu'on doit se "placer" pour jouer une scène, il ne faut pas que cette émotion-là soit à des kilomètres de soi. Il faut qu'on puisse y accéder rapidement. Alors, pendant le tournage d'Aurore, j'étais plus iritable à la maison. J'étais plus susceptible, plus prompt.

Que souhaites-tu que Marina te dise après avoir vu Aurore?
Tout simplement ce que je souhaite que tout le monde me dise après l'avoir vu: "Mon Dieu! J'espère que le film va servir à quelqu'un!" Que des gens vont regarder leur femme ou leur marie en disant: "Ce qui se passe avec le petit Untel? Ça va faire!"


Source: 7 jours - Auteur: François Hamel
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