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Serge Postigo se prend pour une femme

Quand on entend Serge Postigo réciter des noms de personnes, de rues et de bars de Berlin dans un allemand tout à fait convaincant, on présume qu’il a appris l’allemand. Pas du tout. Le comédien le parle à l’oreille. Est-ce comme ça qu’il parvient à se mettre dans la peau d’une femme? Pas vraiment. C’est plus compliqué.

Quand il rapplique à grands pas, blue jeans, lunettes noires trèsmode, casquette de baseball noire avec une tête de mort dessus, Serge Postigo n’a pas vraiment l’air de... d’un... euh... comment dire... d’un naturel, pour jouer ce personnage étrange - un hommme qui a décidé de vivre toute sa vie comme une femme, advienne que pourra – qu’il incarne dans Ma femme, c’est moi, au Rideau Vert, à partir de mardi (3 février).

Mais c’est ça, justement, la beauté, la folie, ou le génie du métier de comédien. Il peut aussi devenir une femme. Dans ce cas-ci, sans fard ni perruque ni fausse poitrine ni faux cils. «Ce n’est pas Mado Lamotte, vraiment pas.»

En Charlotte von Mahlsdorf, avec un simple collier blanc sur un chandail noir sous un long imper. au col remonté, Postigo a plutôt l’air d’un croisement entre David Bowie et Pascale Bussières, aux meilleurs moments de chacun.

Est-ce difficile, quand on est un gars-gars, de se mettre dans la peau d’une femme? «Il ne faut pas en avoir peur, mais moi j’adore aller jouer là-dedans.»

40 personnages

Charlotte von Mahlsdorf a choisi de vivre comme une femme à une époque où les homosexuels n’étaient vraiment pas à la mode: l’Allemagne de Hitler, puis celle du régime communiste.

Elle est devenue une célébrité, la plus grande vedette gay de sa sombre époque. «C’est le fait qu’elle ait survécu qui la rend intéressante.»

On finit par arriver au vif du sujet: pas besoin d’être gay pour se mettre dans la peau d’une femme. «Je ne suis même pas sûr que ça aiderait. En jouant Charlotte, je ne pense pas à faire femme, je pense à être Charlotte.»

Évidemment, le fait que Charlotte ait été un homme qui se voyait en femme complique un peu les choses. «Les personnages les plus difficiles à jouer, les plus effrayants, ce sont ceux qui nous ressemblent, dit Postigo. Et il n’y a vraiment rien d’elle en moi.»

Dans cette pièce, Postigo joue 40 personnages différents, hommes ou femmes, dont plusieurs parlent avec des accents allemands différents les uns des autres. Il ne change pas de costume, le décor est abstrait. Il ne devient pas tous ces personnages; il les joue.

«Mon métier, c’est ça, c’est jouer.»

Charlotte von Mahlsdorf - Le gars qui se prenait pour une fille

On se dit qu’il n’y a qu’au théâtre qu’on va trouver un gars qui tue son père avec un rouleau à pâte puis change de nom et vit le reste de sa vie comme une fille, dans l’Allemagne nazie, puis communiste. Eh bien, non.

Le personnage central de la nouvelle pièce du Rideau Vert, Ma femme, c’est moi, a bel et bien existé. Le petit Lothar Berfelde est né à Berlin en 1928. Elle est morte en 2002 sous le nom qui l’a rendue célèbre, Charlotte von Mahlsdorf, conservatrice d’un musée d’antiquités domestiques à Berlin, propriétaire d’un bar gay clandestin, présumée pillarde des victimes du régime, présumée informateur de la police secrète, et célébrité affirmée du milieu gay est-allemand.

Du personnage, Serge Postigo dit: «On ne sait pas si c’est une bonne ou une méchante, si elle est une résistante ou une collabo, une héroïne ou une ordure. C’est pour ça qu’il y a une pièce sur elle. Si on le savait, on n’en parlerait plus.»

Seul sur scène

L’auteur de la pièce, l’Américain Doug Wright, a remporté le prix Pulitzer de théâtre pour sa recherche sur ce personnage étonnant qui, dès l’âge de 15 ans, après avoir tué son père, a chosi de vivre sa vie comme une fille, sans chirurgie ni maquillage ou artifice.

Wright a fait une enquête très poussée sur ce personnage original, incluant plusieurs entrevues en profondeur. La pièce est construite de la manière suivante. On voit Wright qui raconte ses entretiens avec von Mahlsdorf, Charlotte elle-même se raconte. 38 autres personnages qui ont meublé sa vie font des apparitions.

Tout ce beau monde est joué par Serge Postigo qui, seul en scène, se donne la réplique à lui-même, passant d’un personnage à l’autre comme un travelo change de costume, si on peut dire. «Tout est dans l’interprétation; pas de costumes, le décor est abstrait.»

L’intérêt de tout ça? «Charlotte était une bibitte unique, un humain vraiment pas comme les autres», dit Postigo. Et elle a existé pour vrai.

Le touche-à-tout qui fait de tout

On voit Serge Postigo faire un peu n’importe quoi, un peu n’importe où, de l’animation, des télé-romans, de la comédie, des festivals. Quelle sorte de carrière est-ce là ? Pas clair...

Son cheminement de carrière est plein de rebondissements étonnants, Serge Postigo est le premier à le reconnaître. C’est un peu déroutant.

«À chaque fois que j’annonce un nouveau truc, il y a des gens qui disent: «Hein, quoi?» ou encore: «J’ai bien hâte de voir ça!» «Ma carrière est une succession d’excroissances qui se suivent.»

Atypique, donc, le cheminement de cette drôle de bibitte: un Français né-natif avec un nom d’italien, qui parle comme un Québécois. Postigo anime «Ça manque à ma culture» sur Télé-Québec, et se lance seul sur scène au Rideau Vert en jouant le rôle d’un travesti allemand, mais son nouveau truc, ce qui lui met des étincelles dans le regard, c’est la mise en scène.

Juste pour rire
Il fera ses débuts l’été prochain au festival Juste pour rire, en recréant l’immense succès comique français: Boeing Boeing.

«Je découvre la mise en scène, c’est passionnant, c’est vraiment mon truc.»

La mise en scène, hein? Le Québec ne manque pourtant pas de grandes pointures dans ce domaine. «C’est excitant, on me fait des offres. Il y a des trucs dont je ne peux pas parler encore, mais qui s’en viennent.»


Source: Canoe - Auteur: Benoit Aubin
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