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«Boeing Boeing»: Un classique modernisé

Boeing Boeing a été la comédie française la plus jouée au monde. Dix mille représentations dans un seul même théâtre à Paris, sur 30 ans. Une éternité sur Broadway. En reprenant cette pièce usée, Serge Postigo relevait un gros défi : éviter les jokes de mononcle...

Pour sa première mise en scène, Serge Postigo a dû faire plus qu’importer la pièce de ce côté-ci de l’océan. Il a dû se l’approprier, l’adapter, la traduire, même, en termes contemporains.

«L’adaptation de Serge a beaucoup amélioré le potentiel du texte original, il a dû y rajouter au moins une cinquantaine de nouveaux gags», dit Alexandrine Agostini, qui joue la gouvernante.

C’est que les Sixties ne furent pas vraiment ce qu’on en a fait aujourd’hui. Oubliez les hippies, la drogue et les Rolling Stones, les années 60 ont été une décennie cucu comme un groupe de musique yéyé.

Vive la polygamie!
En ce temps, on faisait des blagues sur les femmes au volant. C’est dans ce désert culturel, le début des années 60, que Boeing Boeing a commencé à faire rire les Français.

«C’est sûr qu’aujourd’hui, Boeing Boeing, c’était devenu ringard, dit Serge Postigo. C’était désuet, propret, et tellement franchouillard. Il fallait faire quelque chose.»
Pièce de boulevard
L’histoire est la suivante. Un playboy parisien a trouvé la combine idéale : il ne fréquente que des hôtesses de l’air. Ses trois blondes se succèdent dans son appartement, chacune persuadée d’être la seule...

Ajoutez une gouvernante au bord de la crise de nerfs (elle doit refaire tout le décor à chaque fois qu’un avion décolle) et un ami un peu nono qui débarque. Arrive une couille, évidemment, et, alors là, bonjour le boulevard...

La recette de Postigo? Il a épicé la sauce de métissage culturel et linguistique. Le playboy est un Québécois à Paris (Pierre-François Legendre) rejoint par son chum (Postigo).

Les hôtesses de l’air sont Américaine, Espagnole et Allemande. «Dans la version d’origine, les filles n’étaient que des potiches. Plus maintenant.» N’est-ce pas exactement ce qui s’est produit en occident depuis le début des années 60?

La mécanique du rire
Pour sa toute première mise en scène, Serge Postigo a pris un gros risque : celui de jouer dans sa propre production, et donc de se diriger lui-même. Dangereux, ça.

Même si Postigo n’est pas tombé dans le piège de l’ego trip (il ne s’est quand même pas octroyé le rôle principal) le conflit d’intérêts est évident : qui aurait le dernier mot, si le comédien et le metteur en scène divergeaient d’avis avec lui-même?

«Je dois dire que j’ai trouvé ça difficile, et que je ne jouerai certainement pas dans ma prochaine mise en scène», dit-il, à quelques jours du lever de rideau.

«Ça a été la première fois cette semaine que j’ai pu monter sur scène, pour donner la réplique aux autres. En tout, je n’aurai pas répété mon rôle plus que 25 heures; les autres comédiens ont eu 125 heures.»

Pendant les répétitions, Postigo engageait un double, Olivier Reichenbach, qui jouait son rôle, pendant que lui était en retrait, contrôlant les détails du jeu de scène.

C’est qu’une comédie réussie exige un jeu d’une précision mathématique, dit-il. «Demandez aux comédiens, tous vous diront que la comédie est plus difficile à jouer que le drame. Elle demande la même vérité que le drame, mais elle exige en plus une précision mathématique. Si je dis la réplique avec un dixième de seconde de retard, ça ne rit pas. C’est une mécanique qu’il faut huiler très très finement. Parce que, une comédie où personne ne rit, c’est long.»

Difficile
Selon Alexandrine Agostini, comédienne, répéter une comédie est vraiment plus difficile. «C’est qu’en répétitions, il manque toujours un personnage important, celui qui donne le rythme à la pièce : le public.»

Il faut bien comprendre ce qui fait que Boeing Boeing est drôle, dit Postigo. «Il n’y a pas tant de punchlines dans cette pièce. Ce qui est drôle, ce n’est pas le texte ou la situation; ce qui fait rire, c’est ces personnages-là vivant cette situation-là. Il faut beaucoup travailler sur les personnages.»

Selon Alexandrine Agostini, «les spectateurs ne resteront pas passifs, ils seront impliqués dans l’action. C’est que Serge a un instinct, une connaissance très exacte de la mécanique du rire.»

Se souvenant de la scène où les trois maîtresses abusées se rencontrent finalement, Agostini pouffe de rire.

«Dommage, je ne pourrai jamais être dans la salle pour voir ça. C’est très drôle.»

Source: Canoe - Auteur: Benoît Aubin
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