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Rien à l'horaire présentement


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Juste pour rire Ciel! Ma perruque!

Ne pénètre pas qui veut dans les coulisses d'un théâtre, à plus forte raison lorsque celles-ci sont hantées par des vampires, des loups-garous, des momies et autres créatures peu rassurantes. Or l'équipe du Mystère d'Irma Vep nous a ouvert les portes de son antre, où les perruques volent plus bas que les chauves-souris et où les loups se font lancer sans ménagement de cour à jardin. Regard sur l'envers particulièrement à l'envers d'un décor de théâtre.

On m'avait installé une petite chaise côté jardin, pour regarder ce spectacle presque aussi divertissant que la pièce elle-même. Le mot d'ordre: discrétion. Je m'y fais toute petite pour ne pas entraver la circulation, particulièrement dense aux heures de pointe. Le photographe a la tâche un peu moins facile. Il a dû renoncer au flash pour des raisons évidentes et se fait bousculer par les sprinters qu'il tente d'immortaliser dans le feu de l'action.

Ceux et celles qui ont vu la pièce savent déjà à quel point Éric Bernier et Serge Postigo se défoncent dans cette énorme parodie kitsch de Charles Ludlam, qui flirte avec à peu près tous les genres théâtraux (et cinématographiques). Pour les autres, rappelons que dans Le Mystère d'Irma Vep le tandem se partage huit rôles, ce qui implique environ 45 changements de costumes rapides: un défi considérable pour le plus virtuose des acteurs.

Le Mystère d'Irma Vep, c'est à la fois un marathon et un sprint, tant pour les comédiens que pour l'habilleuse Juliette St-Pierre, le machiniste Jean-Pierre Gallant et le régisseur et assistant au metteur en scène, Jean Gaudreau. Comme pour n'importe quelle épreuve sportive, il faut un certain temps d'échauffement et de préparation avant de se lancer dans la course. Avant le début du spectacle, les anges gardiens de l'arrière-scène font une mise en place: les nombreuses et volumineuses coiffures de Lady Enid sont toutes bien posées sur leur support (des tiges de métal surmontées de balles de tennis), les robes pendent sagement à leur place, le dentier de Nicodemus est posé dans son petit étui, bien accessible.

Une fois lancé, c'est le festival du velcro. Les «majestueuses» toilettes de Lady Enid sont arrachées impitoyablement, les perruques font des vols planés (on en a même égaré une, un soir), le loup aussi. Juliette est comme une mère qui recueille les manteaux jetés par terre par ses fistons négligents. «C'est important que les gars se sentent pris en charge, qu'ils me fassent confiance et qu'ils soient parfaitement à l'aise avec moi», affirme la douce et patiente habilleuse.

Jeudi soir, le mercure crevait le plafond. Le Théâtre National, tout peuplé de sympathiques fantômes qu'il est, n'est pas la plus moderne des salles à Montréal. «Il n'y a qu'une seule bouche de climatisation dans les coulisses; quand on est dessous, on gèle, et quand on n'est pas dessous, on crève!» avoue Serge Postigo, qui autrement ne tarit pas d'éloges sur ce lieu mythique dans lequel il avait tourné la télésérie Music Hall.

Toujours est-il que la chaleur s'acharnait sur toute l'équipe (sur les spectateurs aussi) et qu'Éric Bernier, qui semble avoir des glandes sudoripares hyperactives, était très amoureux de sa serviette ce soir-là. Serge Postigo entretenait pour sa part une relation très étroite avec sa bouteille d'eau, qu'il tétait goulûment dès que l'occasion se présentait. Ils auront particulièrement bien mérité leur salut ce soir-là, Juliette et Jean-Pierre compris. Au tomber du rideau, les deux magiciens de l'ombre émergent de leur anonymat et se font ovationner avec les comédiens.

Une équipe du tonnerre

«C'est la première fois que je travaille à un spectacle où les techniciens ont une si grande incidence sur le travail de l'acteur. S'il y en a un qui se pogne le beigne là-dedans, ça ne marche pas. D'habitude, à part quelques acteurs, tout le monde est un peu remplaçable dans une production. Dans ce cas-ci, si Jean-Pierre, Juliette ou Jean ne rentre pas, c'est bien simple, on annule!» affirmait Serge Postigo pendant un court entretien téléphonique hier après-midi. «On est une équipe de cinq. Si un de nous est malade, on ne sait pas comment ça va fonctionner», déclarait pour sa part Éric Bernier, interrogé dans la matinée.

Si les deux comédiens sont synchro sur scène, ils le sont tout autant à l'extérieur du théâtre. Interviewés séparément, ils avaient une perception quasi identique du spectacle. On aurait dit qu'ils s'étaient consultés.

«Jean Gaudreau est formidable, il a un excellent sens de l'observation, déclare Éric Bernier. Tous les soirs, il nous donne des notes. Il nous inspire une grande confiance artistique», affirme deux heures plus tard papa Postigo, à la campagne parmi les siens.

«Que ce soit un flop ou un succès, c'est un spectacle où on ne peut pas s'asseoir et ralentir le rythme. La machine est plus forte que nous. On travaille tous les soirs de manière très concrète», explique Éric Bernier.

«Tout est dans l'énergie. Il est impossible de s'asseoir sur ce show-là. On ne peut tout simplement pas, déclare Postigo, tel un écho. Une fois que le rideau se lève, on n'a plus le temps de penser. Quand ça part, that's it! Il n'y a pas d'arrêt aux puits.»

Rythme de croisière

«Tout le monde nous demande: Comment vous faites? Eh! bien, on fait, c'est tout! C'est impossible de jouer ce show-là en se ménageant. Moi, je vais chez l'acupuncteur mardi, pour la première fois de ma vie», racontait un peu plus tôt le chauve souriant. Il faut dire que l'acteur est très en demande ces jours-ci puisque, en plus de jouer au théâtre le soir, il tourne un film pendant la journée et accorde des entrevues à droite et à gauche.

Éric Bernier, lui, se réveille tous les jours avec une voix de scotch. Lorsqu'il répond au téléphone, je pense d'abord que j'ai par mégarde composé le numéro de Claude Blanchard. Mais ses cordes vocales mal en point ne l'empêchent pas de parler de son expérience avec enthousiasme. «On a pas mal atteint notre rythme de croisière, par rapport au rythme du spectacle. On commence à avoir un réel plaisir à jouer ensemble. Mais on s'est longtemps sentis comme des acteurs sans technique, sans virtuosité. Et là, ça commence à rentrer. Quand on est prêt exactement au moment où on doit l'être, c'est grisant et ça génère de l'énergie. Mais pendant les répétitions, on se disait qu'on n'y arriverait jamais... Ça ne générait pas de l'énergie, mais de la dépression!»

Aujourd'hui, s'ils sont à moitié morts de leurs téméraires travestissements, ils sont aussi morts de rire. Le Mystère d'Irma Vep fait un tel succès que les supplémentaires se prolongent jusqu'à la mi-août.


Source: Cyberpresse.ca - Auteur: Ève Dumas.
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