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Le mystère d'Irma Vep / Le ridicule peut-il tuer?

«J'ai rarement été crevé comme ça», déclare d'emblée Serge Postigo, avant d'aspirer une soupe, une gargantuesque assiette de salade et une bombe au chocolat dans un resto de la rue Saint-Denis. Éric Bernier carbure à la salade niçoise. Sous la baguette de Martin Faucher, les deux comédiens sautent d'un costume à l'autre (60 changements au total) pour incarner tous les personnages du Mystère d'Irma Vep.

Ni l'un ni l'autre ne s'attendait à un défi aussi sportif. «J'ai eu l'occasion de parler à un acteur de Toronto qui avait joué la pièce, raconte Éric Bernier. Il disait que c'était l'enfer à répéter parce qu'on ne rencontre que des problèmes techniques tout le long. Mais quand on commence à la jouer, c'est un high incroyable.»

En plus de cumuler chacun plusieurs rôles, les comédiens sont aux prises avec des personnages souffrant de personnalités multiples. Ils doivent même à un certain moment interpréter en solo les deux interlocuteurs d'un dialogue.

Dans les coulisses, il n'y aura qu'une habilleuse et un technicien pour aider les deux athlètes à se transformer par exemple en momie, en lord ou en servante par la magie du costume. «Respecter cette oeuvre-là, c'est ne pas la faire avec un budget de 500 000 $, affirme Serge Postigo. On aurait pu avoir des doubles qui passent sur scène pendant qu'on se change derrière, mais ça ne nous intéressait pas. Il y a même des productions dans lesquelles on entend le velcro pendant les changements de costumes.»

L'auteur du Mystère d'Irma Vep, Charles Ludlam, a écrit ce casse-tête en toute connaissance de cause. Il s'était donné comme mission de concevoir une véritable performance d'acteurs afin de permettre à son partenaire, Everett Quinton, d'entrer au sein de la compagnie comme habilleur, de confirmer son talent d'interprète. Le couple avait créé la pièce en 1984, à New York, et remporté les prix Obie et Drama Desk pour meilleurs acteurs.

The Ridiculous Theatrical Company, troupe d'avant-garde fondée par Ludlam dans les années 60, a élevé le ridicule au rang de genre théâtral. «Au début, le style Ridiculous était chaotique, indéterminé, improvisé et sexuel, farci de gags et de travestisme. Les pièces étaient jouées tard le soir pour un auditoire gelé par une distribution tout aussi gelée», peut-on lire dans un article sur le sujet publié sur le site Web du Hartford Stage. On peut ajouter que le Ridiculous est un genre comique et extravagant qui tend vers le kitsch et le grotesque, tout en entremêlant culture de masse américaine- vedettes, films, chansons, émissions télévisées, publicité, etc.- et références littéraires savantes.

Quelques-unes des références culturelles contenues dans Le Mystère d'Irma Vep auront été adaptées au public québécois. Or la pièce se déroule toujours en Angleterre, en 1840, chez Lord Hillcrest, égyptologue de renom qui rentre au bercail avec sa nouvelle épouse, Lady Enid. Mais voilà que le manoir est hanté par la première épouse de Lord, la mystérieuse Irma Vep, et habité par des domestiques plus ou moins accueillants.

«Ça fait drôle de décrire la pièce d'une manière aussi sérieuse, laisse tomber Éric Bernier en interrompant son récit. Dans le fond, c'est un gros canevas de base dans lequel on peut mettre bien des boules de Noël et des guirlandes.»

Ce qui ne veut pas dire qu'on ne doit pas la prendre au sérieux. «Tous les trois (les deux acteurs et le metteur en scène Martin Faucher), on est tombés dans le panneau quand on a lu le texte, avoue Serge Postigo. On s'était dit que c'était une mauvaise pièce de série B. Mais on s'était trompés. Et on réalise maintenant qu'il faut la jouer avec une grande vérité.»

Et aussi avec une grande liberté. «Je n'ai jamais fait une affaire de même. Il faudra que le public ait de l'humour, prévient Éric Bernier. Ça me rappelle mes débuts en théâtre, le plaisir de jouer sans avoir de limites. La pièce brise pas mal toutes les conventions. C'est très libérateur. Les moindres tabous qu'on a, on les transgresse. On n'a pas de censure, il n'y a pas non plus de négociation intellectuelle sur la validité de faire telle chose ou pas. On y va tout simplement. C'est un feu roulant.»

«Moi, au mois d'août, ou je suis comédien, ou j'ouvre un dépanneur!» déclare Serge Postigo pour donner la mesure des risques que prennent les deux comédiens dans cette comédie déjantée. On saura bientôt si le ridicule tue ou s'il libère.


Source: Cyberpresse.ca - Auteur: Ève Dumas
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