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Rien à l'horaire présentement


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Serge Postigo : bourreau de travail

L'auteur Stéphane Bourguignon a tout faux. Serge Postigo n'est pas une bête de sexe, comme le laissait entendre un épisode de la série Tout sur moi. C'est une bête de somme, voire un bourreau de travail. À preuve, entre les reprises du Mystère d'Irma Vep pendant les Fêtes, les répétitions de la comédie musicale Neuf, un spectacle-bénéfice pour Orford, un téléthon pourun hôpital, Postigo anime ce soir, sur ARTV, le 21e gala des Gémeaux qu'il a conçu, écrit et mis en scène.Un saut sans parachute avec ça ?

Il est 10 h 30 dimanche matin au Main Street Café d'Ayer's Cliff, dans les Cantons-de-l'Est. Habituellement, je ne suis ni aussi matinale ni aussi zélée le dimanche. C'est aussi le cas de la plupart des comédiens que je rencontre. Mais avec Serge Postigo, c'est différent : en plus d'être mon voisin à la campagne, il est un des plus grands workaholic de la colonie artistique québécoise, un comédien pour qui le travail a le même effet apaisant que le ritalin pour l'hyperactif ou l'héroïne pour le junkie.

Ce matin, d'ailleurs, il arrive directement de Montréal au volant de sa rutilante Mazda 2007, frais comme une rose et en pleine forme, même s'il n'a pas pris un jour de congé depuis un siècle. Nous sommes au lendemain de l'élection pour le moins surprenante de Stéphane Dion et à six jours de la cérémonie des Gémeaux. Il n'y a pas de lien entre ces deux événements si ce n'est que la veille, Serge Postigo a suivi d'un oeil à la télé la course à la direction du Parti libéral tout en récrivant au complet ses textes pour les Gémeaux.

Au complet ? À six jours du gala ? L'acteur de 38 ans, né à Agen dans le midi de la France, fait oui de la tête en offrant son plus beau sourire.

«Ben oui, j'ai tout récrit. Tant qu'à inviter 1400 personnes à souper chez moi, j'aime autant préparer la bouffe et mettre la table moi-même.»

C'est une métaphore, bien entendu. Serge Postigo n'a jamais reçu 1400 personnes chez lui, que ce soit dans la maison qu'il vient de retaper à Montréal ni dans sa résidence secondaire à Ayer's Cliff. Reste que cette métaphore dit bien ce qu'elle a à dire : Serge Postigo aime contrôler son produit. De À à Z, autant que possible.

Mais par-dessus tout, Serge Postigo aime les défis, les trucs un peu casse-gueule, qui ne sont pas évidents et qui vont à l'encontre de son image et de ses nombreux talents. C'est sans doute pourquoi il a accepté d'animer les Gémeaux, un gala qui, malgré ses déboires récents, a longtemps porté le sceau de qualité Normand Brathwaite.

D'entrée de jeu d'ailleurs, Postigo a compris qu'il fallait que son animation ne soit pas une pâle imitation de celle de Brathwaite ni qu'il s'improvise humoriste d'un soir.

«J'ai décidé d'y aller avec ce que je suis», dit-il avec une fierté qui sera contrariée lorsque je lui demanderai de définir qui il est au juste.

«Qui je suis ? Je ne suis pas un punch liner, le genre qui fait une ligne, un punch. Je ne suis pas un conteur de blagues ni un stand-up comic. À part de ça, je suis un gars qui se fout éperdument de la controverse. Les chicanes, ça ne m'intéresse pas. Qui est là, qui n'est pas là, qu'est-ce que ça change ? Je ne dis pas que les absents ont tort. Seulement qu'on forme une grosse famille dysfonctionnelle avec ses amours, ses humeurs, ses chicanes, ses cousins qui couchent ensemble et que ce n'est pas plus grave que ça.»

Pas un téléphage

Étrangement, celui qui animera cette fête boudée par les grands réseaux privés et quelques productrices comme Fabienne Larouche et Julie Snyder n'est pas un téléphage. Faute de temps, il ne suit aucun téléroman ou télé série. Il n'a jamais regardé, loué ou acheté les DVD des Sopranos, de Six Feet Under, de Desperate Housewives, de CSI ou de 24.

« Quand j'ai trois heures de libre, dit-il, je ne m'installe pas devant mon écran plasma. Je me couche par terre sur le tapis et je joue aux autos avec mon fils.»

Bien qu'il ait environ 200 heures de télé dans le corps et qu'on l'ait vu aussi bien dans le téléroman 4 et demi pendant cinq ans que dans Scoop, Urgence, Watatatow et Music Hall, Postigo a pris ses distances de la télé. Cette année, il est carrément absent du petit écran, à une exception près : un caméo spectaculaire dans la série Tout sur moi où il interprétait son propre rôle, celui d'un acteur du nom de Serge Postigo, mais affligé d'une maladie fictive : la dépendance compulsive au sexe.

«À l'origine, raconte-t-il, c'est un autre acteur qui a été approché pour jouer le sexaholic dans Tout sur moi. Je ne dirai pas son nom, seulement qu'il a eu peur pour son image et qu'il a décliné l'invitation de Stéphane Bourguignon. Pour ma part, je n'ai pas hésité une seconde. Pour le texte d'abord. Parce que j'ai effectivement connu Macha Limonchik à l'École nationale et aussi pour Éric Bernier avec qui je partage la scène dans Irma Vep et que j'aime comme un frère. Le résultat a été des plus positifs, sauf pour certaines personnes d'un certain âge dans la famille de Marina (Orsini) qui ont cru que la trompais. Pour le reste, si je me fie à tout le monde qui me parle de cet épisode, ils sont au moins huit millions à l'avoir vu. »

Équilibre et diversité

Même s'il a pris ses distances de la télé et qu'il n'est pas le téléspectateur le plus fidèle ni le plus assidu, Postigo a quand même une idée précise de ce qu'il recherche lorsqu'il allume sa grosse boîte noire.

« La télé que j'aime, c'est celle qui me renvoie une image de moi. C'est une télé où je peux reconnaître des comportements, des valeurs, une philosophie qui me représentent autant que la société dont je fais partie. C'est pourquoi tout le phénomène de la téléréalité m'interpelle même si je n'en consomme pas. La plupart des gens de mon milieu critiquent la téléréalité alors que le public, lui, en redemande. Qui a raison ? »

À cette question qu'il pose, il tente de donner une réponse tout en ménageant la chèvre, le chou et... le brocoli.

« Moi, je suis d'accord pour dire que le boss de la télé, c'est le monde qui la regarde. En même temps, si j'écoutais tout le temps mon fils, il ne mangerait que du McDo. Je ne veux pas dire par là que le public est infantile et qu'il n'y a que le fast food qui l'intéresse. Tout ce que je dis, c'est que la téléréalité fait partie d'un menu culturel équilibré et qu'elle s'inscrit dans les quatre groupes alimentaires du guide de la télévision canadienne. Pour rester dans la métaphore alimentaire, disons que nourrir un enfant avec du brocoli 24 heures sur 24, ce n'est pas mieux que de le nourrir uniquement avec du fast food. Ce qui est important, c'est l'équilibre et la diversité. Et surtout n'allez pas croire que je dis ça parce que j'anime les Gémeaux. Même si ce n'était pas le cas, je dirais exactement la même chose. »

Une autre réalité

Exception faite des débats sur la téléréalité, Postigo n'est pas au parfum des grandes et petites crises qui ont secoué le monde de la télévision cette année. Il n'a pas lu l'article dans lequel Lise Payette déplorait l'imagination réduite et redondante des auteurs de télé d'aujourd'hui. Il ignorait que la comédienne Jacynthe René avait fait la une d'un tabloid montréalais pour une affaire de harcèlement sexuel avec un producteur. Il n'a pas vu l'épisode dans Les hauts et les bas de Sophie Paquin où une actrice couche avec son réalisateur afin d'améliorer leur complicité professionnelle ni celui où un jeune acteur est harcelé par une agente d'artistes qui menace de ruiner sa carrière s'il ne couche pas avec elle.

Cette liste d'incidents fictifs et réels ne semble pas l'impressionner outre mesure.

«Ça fait presque 13 ans que je suis sorti de l'École nationale et que je travaille dans le milieu. Je connais des tonnes d'actrices, mais pas une seule qui a été obligée de coucher pour obtenir un rôle. Les choses ont beaucoup changé. Les réalisateurs sont pour la plupart des pigistes. Ce ne sont plus eux qui callent les shots. Ils sont tributaires d'une foule d'autres intervenants. Cela dit, le tétage, les jeux de pouvoir et de séduction, je ne dis pas que ça n'existe pas dans le milieu. Ça peut parfois être une voie pour parvenir à ses fins, mais ce n'est pas la mienne. Je suis trop poche socialement pour essayer de séduire qui que ce soit; pourtant, je travaille pareil. »

Pour travailler, Serge Postigo travaille. Depuis une décennie, la liste des personnages qu'il a interprétés, tant au petit écran, au cinéma que sur scène, n'en finit plus de s'allonger. Il y a quelques années, la rumeur a couru que non seulement Postigo travaillait trop, mais que partager la scène avec lui était impossible tant son besoin de briller était envahissant. Mais le temps et la maturité semblent avoir apaisé ses insécurités. Sans compter que pour certains metteurs en scène comme Denise Filiatrault, Postigo est un incontournable. Après l'avoir fait chanter et danser dans Irma la douce et lui avoir confié le rôle d'Olivier Guimond dans Ma vie en cinémascope, Filiatrault a de nouveau fait appel à ses talents pour Neuf, une comédie musicale sur la vie de Fellini où l'acteur se retrouvera sur scène entouré de neuf femmes.

«Je reviens toujours à lui, affirme Denise Filiatrault, parce qu'il est doué. Il danse divinement, il chante joliment, il est souple, il a du charme, du chien et en plus, c'est un acteur sérieux et rigoureux qui livre toujours la marchandise. On peut difficilement en demander plus.»

Livrera-t-il aussi bien la marchandise ce soir devant les 1400 invités qu'il a invités à souper chez lui ? Si le passé est garant de l'avenir, tout le monde risque de bien manger et même d'en redemander.

Source: La Presse sur Cyberpresse.ca - Auteur: Nathalie Petrowski
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