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Rien à l'horaire présentement


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Les tabous au vestiaire

«Ont-ils vraiment fait ça?» se demande-t-on, incrédule, devant les pures couillonnades de Serge et Éric. Les deux comédiens vont si loin dans l'impudeur et le mauvais goût que les tabous tombent les uns après les autres. Rien à leur épreuve. Les prudes pourront être heurtés. Il y en avait heureusement très peu dans la salle mercredi soir pour la première du Mystère d'Irma Vep.

La pièce a été créée en 1984 par le Ridiculous Theatrical Company de Charles Ludlam, une compagnie qui avait beaucoup contribué à la contre-culture new-yorkaise. Elle était sortie de l'underground avec cette folle comédie, proclamée production de l'année par le Time Magazine et le New York Times. Ses deux interprètes originaux, Ludlam lui-même et son compagnon Everett Quinton, étaient également couronnés pour leur tour de force. Irma Vep est devenue une des pièces les plus jouées aux États-Unis.

Voilà qu'elle débarque à Montréal et met au défi deux acteurs québécois, qui livrent une performance au poil, à défaut d'être « à poil », seul dévergondage dont ils se (nous?) privent. Éric Bernier et Serge Postigo cumulent huit rôles, ce qui leur impose une soixantaine de changements de costumes, et pas les moindres. Il faut un costumier (Denis Lavoie) et une habilleuse (Juliette St-Pierre) diablement efficaces pour transformer une starlette plus chevelue qu'une héroïne de Hairspray en jardinier chauve, et ce en moins de temps qu'il n'en faut pour dire: « Comment y font? ».

Et l'histoire dans tout ça? Même si elle n'est que prétexte à une succession de gags, on peut quand même tenter de la résumer. Lord Hillcrest, égyptologue de renom, rentre au bercail avec sa nouvelle épouse, Lady Enid. Il se passe des choses bien étranges au manoir de Mandacrest, hanté par la première épouse de Lord, la mystérieuse Irma Vep, et habité par des domestiques plus ou moins accueillants, Jane et Nicodemus. C'est la situation de départ.

En deuxième partie, une expédition aux pyramides offre une nouvelle occasion de déconner ferme. Ajoutez à cela un vampire, un loup-garou, une momie, des effets cheap et des décors plus faux que les seins de Pamela Anderson et vous avez à peu près le portrait.

Il n'y a que l'imaginaire débridé de Charles Ludlam pour juxtaposer autant d'univers dépareillés et celui de Martin Faucher pour bien adapter ces références au contexte québécois. Les conventions du théâtre traditionnel, les clichés de la culture gaie et toute la prétention des défenseurs de l'Art avec un grand A sont parodiés en toute liberté.

Afin de s'assurer la complicité du public d'ici, il était nécessaire de lui faire des clins d'oeil qui ne lui passeraient pas dix pieds par-dessus la tête. Renée Martel, Rock et Belles Oreilles, Sandra Dorion, La Poune et bien d'autres sont sortis des boules à mites pour construire un délire kitsch à souhait. Bien que le spectacle soit basé sur le travestissement des interprètes (obligatoirement du même sexe), qu'il soit farci de connotations phalliques et qu'il se donne tout juste en face du Cabaret Mado, en plein coeur du Village, Le Mystère d'Irma Vep n'est pas un drag show. Le ridiculous, genre défendu par des artistes aussi variés que les actrices Divine et Bette Midler, le réalisateur John Waters, le chanteur Alice Cooper et le dramaturge Christopher Durang et qualifié de « burlesque métaphysique », déborde amplement du contexte gai et s'avère un divertissement hautement libérateur.

LE MYSTÈRE D'IRMA VEP de Charles Ludlam. Traduction: Geneviève Lefebvre. Mise en scène: Martin Faucher. Avec: Éric Bernier et Serge Postigo. Décors: Raymond Marius Boucher. Costumes: Denis Lavoie. Éclairages: Marc Parent. Conception sonore: Larsen Lupin. Accessoires: Jonas Veroff Bouchard. Maquillages: Jacques Lee Pelletier. Coiffures-perruques: Louis Bond. Une production du Festival Juste pour rire présentée au Théâtre National, au 1220, rue Sainte-Catherine Est. Jusqu'au 17 juillet.


Source: Cyberpresse.ca - Auteur: Ève Dumas.
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