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Rien à l'horaire présentement


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La gymnastique de l'ombre

Bernard Miller, sculpteur de son état, n'est pas Lara Croft, mais l'entraînement rigoureux auquel son interprètre (Serge Postigo) a dû se soumettre vaut sans doute les cours de yoga, de kick-boxing et de bungee suivis par Angelina Jolie. De cette Comédie dans le noir un peu balourde, l'on retient d'abord l'épatante gymnastique de l'acteur qui se frotte au burlesque pour la première fois de sa jeune carrière.

L'interprétation n'est pas parfaite, parfois en rupture de ton, souvent alambiquiée, mais elle révèle néanmoins une grande maîtrise du registre physique. Les autres comédiens casse-cou en sont également quittes pour leur lot d'ecchymoses, or Postigo remporte le prix "black and blue" de cette production dangereuse.

Pour sa onzième mise en scène au Festival Juste pour rire, Denise Filiatrault prouve encore une fois que le timing est le fondement de la comédie. Une fausse manoeuvre et c'est un cas de 9-1-1. Sa mise en scène extravangate fonctionne naturellement au détriment de la subtilité, mais tout à l'avantage d'un rire bien gras que l'on choisit d'assumer ou non.

Déjà, l'été dernier, avec Les Jumeaux vénitiens de Goldoni, "la Filiatrault", qui porte rarement des gants blancs, s'était fait la main au fouet de l'entraîneur implacable. Yves Jacques en était ressorti tout courbarturé. Les mises en scène de la dame de fer vont de plus en plus dans le sens de la chorégraphie, semble-t-il.

L'histoire ne dit pas si sa première version de Comédie dans le noir (du Britannique Peter Schaffer), qui avait connu un certain succès sur le bateau-théâtre L'Escale, en juillet 1988, était aussi expressive. À l'époque, on avait souligné les performances d'André Montmorency et de Nicole Leblanc, qui tenaient les rôles repris cette fois par Carl Béchard et Pierrette Robitaille. Cette dernière est l'inénarrable Fernande Bournival, alcoolique dans le placard. Le premier est Pierre-Luc Beaugrand, antiquaire homosexuel. Deux excellentes performances.

La drôle de paire se retrouve par un soir de panne d'électricité dans l'appartement du voisin Bernie. Le sculpteur les accueille bien malgré lui dans sa piaule transformée... avec les meubles de Pierre-Luc, qui, de retour au pays plus tôt que prévu, ne se doute de rien et n'y voit rien - comme tout est plongé dans l'obscurité. Pas de chance pour le pauvre Bernard, qui attend le colonel Marquis (Jacques Girard), père de sa tarte de fiancée Carole (Catherine Sénart), et Pietro Falcone (Roberto Medile), riche collectionneur d'art intéressé par ses sculptures. Et comme si ce n'était pas assez, Zoé, l'ex-copine déluré (Isabelle Blais), débarque sans mot dire au beau milieux de cette aveuglante galère.

Mélangez cette belle galerie de personnages, éteignez les lumières et voyez les résultats. À vrai dire, il n'y a que nous, spectateurs, qui voyons les résultats de nos yeux, puisque la convention de cette pièce veut que les lumières soient allumées lorsqu'il fait noir dans l'appartement et quelles soient éteintes dans les rares moments où les personnages y voient clair.

Imaginez un peu le jeu burlesque, où les comédiens se croisent, bras devant, mais ne se voient pas, où les catastrophes (une patte de chaise dans l'oeil, une porte dans le nez) sont évitées de justesse, mais pas toujours... Le tout dans un décor très boulevard, dont on ne sait trop, au début, dans quelle ville ni à quelle époque il se situe. Mais, dans l'intrigue, comme la vraie nature des personnages, comme l'appartement de la rue Querbes, toutes ses informations tapies dans l'ombre finissent par s'éclaicir.


Auteur: La Presse
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