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Rien à l'horaire présentement


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Le Noël africain

J'étais une sorte de colporteur… Ma venue était synonyme de bonnes nouvelles! Les gens ouvraient leur porte et me trouvaient sur le seuil, un télégramme dans une main et des ballons de couleur dans l'autre. De ma voix la plus belle, je modulais le message qui leur était expédié par un parent ou par un proche… J'étais livreur de télégrammes chantés!

De mon enfance jusqu'à l'âge de quinze à seize ans, je gagnais mon argent de poche en poussant la chansonnette à des inconnus.

Pour Noël, je m'habillais d'un grand costume rouge et agrémentais mes joues et mon menton d'une longue barbe blanche identique, ou presque, à celle du père Noël. À ma façon, j'allais effectuer ma tournée en parsemant des télégrammes, de bonnes surprises dans les foyers de Montréal.

Cependant, il m'arriva un jour une aventure extraordinaire! Il était un peu moins de minuit ce 24 décembre… Je me dirigeais vers une petite maison de Laval pour y livrer un télégramme, au volant de ma voiture, dans ce déguisement que le jour de Noël précisément dispensait du ridicule!

Je m'arrêtai à l'adresse indiquée, tirai la sonnette de la porte… On vint m'ouvrir dans la minute. Habitaient là une grand-mère, sa fille et sa petite-fille qui était âgée de cinq ans. Je les saluai, leur donnai les ballons et entonnai le télégramme qui leur était destiné. Il était particulièrement long… Les trois femmes m'écoutaient sans mot dire et sans deviner l'identité de l'expéditeur de cette carte de vœux.

Arrivé au terme de ma lecture, dans un dernier souffle, je fredonnai: «Je vous souhaite un joyeux Noël et je vous aime très fort. Signé Papa.» À cet instant, les deux plus jeunes des trois femmes se mirent à pleurer et se retirèrent dans leur chambre. Ai-je si peu de talent pour la chanson? pensai-je, renversé par cette étonnante réaction.

La grand-mère, qui était restée à mes côtés, m'expliqua alors la raison de cette peine soudaine de sa fille et de sa petite-fille… Le papa en question était porté disparu en Afrique depuis plus de cinq ans! Et réapparaissait, pour la première fois, après tout ce temps d'absence… sortant de ma bouche!

On se rendit ensemble chez mon employeur pour essayer de retrouver le père porté disparu… On y réussit en un temps record! J'étais complètement ébranlé par les événements lorsque vers minuit et demi, toujours en costume, je rentrai à la maison où m'attendait ma famille pour le repas du réveillon…

Je racontai mon aventure et, ce faisant, remarquai un couvert supplémentaire sur la table de la salle à manger:

– Il y a un couvert de trop! dis-je à mon père.

– Non, non… répondit-il.

Ses derniers mots à peine prononcés, on sonna à la porte… J'étais encore bouleversé par l'aventure que je venais de vivre à Laval avec cette petite famille… J'allai ouvrir… Mon Dieu!

Devant moi… à minuit et demi, la nuit de Noël… avec un sourire plein de malice et de tendresse, ma grand-mère qui était en France depuis dix ans, que je n'avais pas vue depuis dix ans m'embrassait du regard! Hébété, je restai planté de stupeur! Que d'émotions d'un seul coup! Et quel bonheur de la revoir!

Je sais aujourd'hui que ce père qui comptait beaucoup pour sa famille est rentré à la maison. Il emmène sûrement sa petite-fille à l'école le matin… Peut-être même lui a-t-il donné un petit frère, qui sait? Peut-être s'habille-t-il aussi de rouge le 24 décembre…

Il y a une famille à Laval que je ne peux oublier. Un enfant qui a retrouvé un être cher… Comme à Montréal, cette même nuit de Noël où un autre enfant, venant d'assister à un miracle, a trouvé sa grand-mère «portée disparue depuis dix ans» devant sa porte.


Source: Service Vie

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