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Rien à l'horaire présentement


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Les enfants du silence

Il faut être courageux, il me semble, pour lancer, en pleine saison estivale, un film aussi intense et dérangeant qu’Aurore. Ce créneau est habituellement réservé aux productions fantaisistes et le public semble particulièrement apprécier l’idée d’un menu allégé. Mais remarquez que même si bien des préjugés jouent contre elle, Aurore est une oeuvre plutôt réussie.

L’horrible histoire d’Aurore, ce visage qui appartient désormais à l’imagerie populaire, a beau avoir été racontée par le passé, tant au cinéma, que sur les planches et dans les livres, le traitement archi-réaliste pour lequel le réalisateur Luc Dionne a opté dans sa version, rend l’expérience beaucoup plus prenante. L’intrigue retrouve même une certaine actualité tant elle se fait l’écho d’un malaise toujours palpable. Des cas de mauvais traitements physiques infligés aux enfants sont malheureusement encore signalés aujourd’hui. Et dans bien des situations, le silence est encore maintenu autour du sort de ces victimes. Dionne, l’auteur d’Omerta : la loi du silence, considère d’ailleurs ce drame familial sous cet angle-là. Et fait donc aussi porter aux habitants du village, et en particulier au curé de Fortierville, le fardeau de la culpabilité. L’auteur décrit avec justesse l’atmosphère pesante d’un village alors sous le joug de l’Église Catholique.

On retient également de Aurore, le travail exemplaire des acteurs embauchés. Tous affichent un naturel désarmant, et tous donnent du relief à des personnages intrigants. Dans le rôle de la marâtre, l’actrice Hélène Bourgeois Leclerc joue sur une impressionnante palette d'émotions. Elle nous présente une femme psychologiquement dérangée dans toute son ambiguïté, et parvient ainsi à traduire toute l’humanité d’une enjôleuse et manipulatrice rongée par la jalousie. On est loin du bourreau unidimensionnel dépeint par le passé.

Dionne s’intéresse réellement à la psychologie de ses personnages, et travaille à livrer un ouvrage tout en nuances. Même le curé, joué par Yves Jacques, véhicule une image qui échappe suffisamment aux stéréotypes habituels. Et la petite Marianne Fortier, dans le rôle de la jeune Aurore, gagne haut la main un pari pourtant très difficile. Même les personnages secondaires, dont l’irrésistible Rémy Girard, apportent de l’eau au moulin. La performance de Serge Postigo, dans un rôle d’une grande complexité, mérite aussi d’être soulignée. Postigo incarne le père d’Aurore, un homme qui, pour fuir la solitude, tombe rapidement dans les bras d’une autre femme que la sienne. Un homme, qui, dans ce drame, a aussi sa part de responsabilités.

Pour son premier film, Dionne a aussi choisi de se distancer du réalisateur Jean-Yves Bigras, qui lui, avait eu, en 1952, l’ambition d’exploiter les codes du cinéma d’horreur avec son Aurore. Dionne suggère pour sa part bien plus qu’il ne montre. Aucun des sévices infligés à la petite n’est crûment filmé. Mais le malaise reste tout aussi profond.

Dionne éprouve pourtant quelques difficultés à faire décoller son récit, et le style très conventionnel adopté donne à son premier film une facture télévisuelle pas toujours inspirante. On remarque certaines faiblesses techniques, comme l’abus de fondus au noir, et des découpages de scènes pas toujours convaincants. Dans sa première demie-heure, l’intrigue évolue à l’intérieur de très brèves vignettes, et la complicité du spectateur s’avère plus difficile à obtenir. Mais la qualité des textes, et la pertinence des informations lancées subtilement, de même que le travail exemplaire de tous les comédiens présents compensent amplement. Et quiconque a un intérêt pour cette histoire tirée d’un fait divers survenu en 1920, aurait tord d’ignorer cette nouvelle adaptation, et ce, même si, en saison estivale, nos goûts se portent généralement vers des sujets plus frivoles.

Cote: 3 1/2 sur 5


Source: Showbizz.net - Auteur: Véronique Juneau
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